Une sécheresse historique frappe le bassin amazonien : le niveau du fleuve Negro atteint un record inquiétant

8 octobre 2022, région de Manaus – Brésil NASA Earth Observatory images by Wanmei Liang, using Landsat data from the U.S. Geological Survey

Une sécheresse sans précédent sévit actuellement au Brésil, affectant gravement l’Amazonie. L’un des principaux affluents du fleuve Amazone, le fleuve Negro, a atteint son niveau le plus bas jamais enregistré, selon le Service géologique brésilien. Cette baisse alarmante est le reflet d’une sécheresse intense qui ravage non seulement la forêt amazonienne, mais également d’autres régions du pays.

3 octobre 2023, région de Manaus – Brésil NASA Earth Observatory images by Wanmei Liang, using Landsat data from the U.S. Geological Survey

https://earthobservatory.nasa.gov/images/151961/drought-on-the-rio-negro

Le niveau du fleuve Negro à Manaus, capitale de l’État d’Amazonas, est tombé à 12,66 mètres ce vendredi, un record jamais observé depuis le début des relevés, il y a 122 ans. En temps normal, ce cours d’eau atteint environ 21 mètres à cette période de l’année. Le précédent record de basses eaux, observé en 2023, avait été mesuré à la fin du mois d’octobre, mais la situation semble encore plus critique cette année.

Une sécheresse exacerbée par le changement climatique

Les prévisions météorologiques annoncent encore peu de précipitations dans les semaines à venir, ce qui laisse entrevoir une nouvelle baisse des niveaux d’eau, exacerbant les conditions déjà difficiles. André Martinelli, responsable de l’hydrologie du Service géologique à Manaus, a déclaré que le fleuve devrait continuer à se retirer jusqu’à la fin du mois d’octobre. Cette situation n’est pas inédite, puisque la région est sujette à des variations saisonnières des niveaux d’eau, marquées par des périodes de crue et de sécheresse. Cependant, cette année, la sécheresse est plus intense et plus longue que la normale, témoignant des effets accrus du changement climatique dans cette région fragile.

Les affluents majeurs de l’Amazone, dont le fleuve Madeira, connaissent également des niveaux d’eau historiquement bas. Ces rivières jouent un rôle crucial dans l’écosystème amazonien, régulant les inondations, fournissant de l’eau douce et facilitant les transports. Leur baisse compromet non seulement l’environnement, mais également les moyens de subsistance des populations locales.

Des conséquences dévastatrices pour les populations locales

Les répercussions de cette sécheresse sont palpables dans le quotidien des habitants de l’Amazonie. À Manaus, une ville d’environ 2 millions d’habitants située au confluent des fleuves Amazone et Negro, de nombreuses personnes subissent les conséquences directes de la baisse des niveaux d’eau. Gracita Barbosa, une habitante de 28 ans qui travaille habituellement comme caissière dans une boutique flottante sur le fleuve Negro, a perdu son emploi. Les bateaux qui s’arrêtaient autrefois à cette boutique ne peuvent plus naviguer en raison du faible niveau de l’eau.

De plus, l’accès à l’eau potable est devenu un défi. Gracita, comme beaucoup d’autres, ne peut plus se baigner dans le fleuve et doit parcourir de plus grandes distances pour accéder à de l’eau potable. Le fleuve, qui représentait autrefois une source abondante de vie et d’activité, est désormais un obstacle au quotidien des habitants, notamment pour la pêche, le transport et l’accès à des ressources de base.

Un écosystème en danger

Le fleuve Negro, qui draine environ 10 % du bassin amazonien, est le sixième plus grand fleuve au monde en termes de volume d’eau. Il constitue un pilier de l’écosystème amazonien, abritant une biodiversité inestimable. La baisse continue du niveau des eaux menace de perturber l’équilibre délicat de cet écosystème, affectant non seulement les espèces animales et végétales, mais aussi les cycles naturels de l’Amazone.

Les experts tirent la sonnette d’alarme : cette sécheresse, bien qu’amplifiée par les variations climatiques annuelles, pourrait devenir plus fréquente et plus sévère si aucune mesure n’est prise pour lutter contre le réchauffement climatique. Les forêts tropicales humides, comme l’Amazonie, jouent un rôle crucial dans l’absorption du dioxyde de carbone, et leur dégradation pourrait accélérer les changements climatiques globaux.

Le record atteint par le fleuve Negro n’est pas un événement isolé, mais le signe d’une crise climatique plus large qui touche l’Amazonie et ses habitants. La sécheresse actuelle met en lumière la fragilité de cet écosystème vital et les difficultés croissantes que rencontrent les communautés locales. La situation nécessite des actions urgentes tant au niveau national qu’international pour protéger l’Amazonie, limiter les effets du changement climatique et assurer la survie de millions de personnes et d’espèces qui dépendent de cette région.

Le futur de l’Amazonie semble incertain, mais il est impératif de prendre conscience de ces événements pour agir avant qu’il ne soit trop tard.